mardi 30 novembre 2010

Le monde flottant d'Edo







Mieux que le magasin japonais de Bruxelles, j'ai déniché un DVD d'un film (restauré) du célèbre metteur en scène Kenji Mizoguchi, une sorte de pendant japonais d'Eisenstein.
Cinq femmes autour d'Utamaro
1946, noir et blanc.
Je ne sais s'il faut voir ce film avant le voyage ou après... C'est en tout cas une magnifique contribution à ce blog (pas encore la conclusion, vous verrez).

Utamaro a vécu fin 18ème, à Edo (Tokyo à l'époque); artiste d'ukiyo-e (estampes); surtout célèbre pour ses portraits de femmes; il vivait chez son éditeur, à deux pas du quartier "flottant", cad celui des plaisirs. Il a dessiné de nombreuses beautés de l'époque.

A l'époque, les estampes étaient considérées comme un genre mineur, par rapport aux fusuma (panneaux peints) des héritiers de la famille Kano, qui perpétuaient un art figé dans une immuable technique. Passage d'un monde à un autre.

Les actrices sont superbes et semblent sorties des estampes; mais en plus elles sont bien vivantes, elles aiment, elles pleurent, elles sont abandonnées, elles souffrent, elles se vengent... C'est une reconstitution de la vie dans les quartiers de geishas, dans ces maisons vides de meubles que l'on visite aujourd'hui, tellement loin de notre imaginaire. En visionnant ce film, je revoyais les maisons de Gion, à Kyoto, de Takayama, et surtout celles de Kanazawa - les plus intéressantes selon moi; et je pouvais enfin imaginer ces maisons pas closes du tout, et les passions qu'elles abritaient, et la vie de l'artiste, à cette époque où le shogun faisait régner la paix mais aussi l'isolement du monde. Et il en reste quelque chose dans l'esprit japonais.

Magie du cinéma d'anthologie en noir et blanc.

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