vendredi 12 novembre 2010

Salarymen

Un soir j'ai pris le shinkansen à l'heure de pointe; les salarymen - tous pareils dans leur costume sombre - se groupent en général dans les voitures avec place réservée. Ils ôtent leur veston et l'accrochent avec soin (certains sortent un cintre de leur mallette); ils ouvrent leur bento (boîte de pique-nique tout préparé dont on vend des milliers dans les gares), l'avalent distraitement, les yeux dans le vague, sans dire un mot à leur voisin; vont jeter les reliefs de repas dans les poubelles sélectives près des toilettes, s'installent confortablement et... s'endorment; le shinkansen de 19 heures est un véritable dortoir. Si j'ai un voisin, il commence par un profond salut (sans un mot) avant de s'asseoir; puis il ôte ses chaussures et s'endort...
Le matin, même rituel: ils dorment tous; juste quelques héros parcourent le journal et pianotent sur leur PC portable.
Les téléphones sont tous en silencieux - des panneaux le demandent un peu partout, et c'est respecté. Ceux qui reçoivent une communication vont parler dans le sas près des toilettes. Pas à dire, ce type d'éducation est reposant. Et la discipline, ici, ce n'est pas un vain mot.
Et les femmes, me direz-vous ? Très peu de salarywomen. Plutôt la troupe des vendeuses et petites mains.
Et les femmes à la maison ? Le mari doit rentrer tard, et il a mangé son bento. Peut-être même il ne rentre pas. Dans mon hôtel, il n'y a que ça, le soir, des salarymen en file qui réservent une chambre pour la nuit et filent au petit matin. Et puis il y a aussi les sorties. Pas rare de rencontrer de sérieux complet-veston, la cravate desserrée, hilares, qui s'appuient l'un sur l'autre pour ne pas tomber. En journée, il est fréquent de voir des femmes chics, par trois ou quatre, prendre un pot ensemble et papoter. Bref, peu de couples, même au restaurant.
La maladie japonaise semble bien être la solitude.
D'où les groupes ???

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